Le discours et les valeurs : de la reddition à la communication responsable

Numéro coordonné par Philippe Schäfer et Christian Marcon

La responsabilité sociale de l'entreprise (RSE) a profité d’un contexte favorable pour largement se diffuser dans le fonctionnement des entreprises, à des niveaux d’intégration certes variables selon les organisations. L’accroissement des contraintes légales et les pressions exercées par la société civile sur les entreprises ont favorisé son institutionnalisation. Les crises et les scandales qui secouent régulièrement le milieu des affaires ont marqué un tournant important en ce début de XXIe siècle, obligeant les entreprises à réagir et notamment à communiquer davantage sur leur responsabilité sociale.

Si la RSE représente une démarche d’initiative volontaire, les législateurs français puis européens ont progressivement imposé un cadre de reddition, rendant obligatoire la diffusion d’informations non financières ou ESG (environnementales, sociales et de gouvernance), pour tenter de réguler les pratiques non éthiques des entreprises. Depuis deux décennies, de nombreuses entreprises françaises sont soumises aux contraintes légales du reporting extra-financier découlant successivement de la loi NRE (n° 2001-420), de l’article 225 de la loi Grenelle 2 (n° 2010-788) et plus récemment de la transposition en 2017 de la Directive européenne 2014/95/UE relative à la déclaration de performance extra-financière (DPEF). Ces dispositions ont rendu obligatoire le reporting extra-financier pour les entreprises de plus de 500 salariés dépassant 100 millions d'euros de chiffre d'affaires ou de total du bilan s’il s’agit d’une société non cotée. Une évolution de la législation européenne semble se dessiner en abaissant le seuil de reddition aux entreprises de 250 salariés.

Publication : 18 novembre 2021
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Préservation de la mémoire du Web en temps de crise

Numéro coordonné par Aïda Chebbi, Édouard Vasseur, Sabine Mas et Dominique Maurel

Indubitablement, la crise sanitaire liée à la pandémie de Coronavirus (COVID-19) a profondément marqué l’année 2020. Le 3 avril 2020, l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) publiait une déclaration appelant à « transformer la menace du COVID-19 en une occasion de soutenir davantage le patrimoine documentaire » (UNESCO, 2020) et réclamait l’existence d'un dossier complet sur la pandémie afin d’en prévenir une autre et de mieux gérer son impact sur la société. États membres, institutions de mémoire et citoyens ont été également invités à collaborer pour assurer non seulement la constitution, la préservation et l’accessibilité du patrimoine documentaire, mais également l’exploitation de son potentiel scientifique, éducatif et curatif notamment durant les périodes de confinement. Le Conseil international des archives (ICA) a aussi lancé « un appel aux États, aux entreprises et aux institutions de recherche du monde entier pour leur rappeler la nécessité de bien documenter leurs décisions et leurs actions » (ICA, [2020]) pendant et après la crise sanitaire. Dans sa déclaration, l’ICA a revendiqué une intervention d’urgence pour conserver les données générées par des technologies éphémères qui ont dû se mettre en place.

Les institutions de mémoire (services d’archives, bibliothèques, musées) se sont organisées pour assurer la continuité de leurs services, la mise en place de nouvelles modalités d'accès aux ressources numériques et l'accompagnement à distance de leurs usagers. Des boîtes à outils et différentes ressources ont été offertes pour soutenir l’action de ces institutions durant la pandémie[1]. Des projets de mémoire numérique collective ont été vite entrepris partout dans le monde et ont réuni différents acteurs partageant la conviction commune de la nécessaire documentation d’une telle crise et la volonté de constituer des corpus pour l’histoire de demain (Dixon, 2020; Labo Société numérique, 2020). Ainsi, des institutions nationales d’archives et de bibliothèques, des universités, des centres de recherche, des médias, des associations et regroupements dans divers domaines (histoire, sciences humaines, santé, monde social, etc.) ont rapidement mis en place des outils numériques pour recueillir divers témoignages et faits liés à la crise sanitaire, les traiter et les rendre accessibles.

Publication : 03 mars 2021
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Traces numériques et durabilité – temporalités, usages, éthique

Numéro coordonné par Christian Marcon et Mona Shehata

Des traces physiques…

Une très large part des sciences humaines repose, de manière centrale ou secondaire, sur le matériau que constituent les traces de l’activité des Hommes : histoire, histoire des arts, littérature, sociologie, anthropologie, architecture, philosophie, musicologie, sciences de l’information, la communication et la documentation, économie, gestion…, à un moment ou un autre, dans leur approche et leurs méthodes partent d’archives et d’objets produits par les hommes.

Les traces de l’existence et de l’activité humaine sont traditionnellement matérielles (objets produits ; textes, images, sons enregistrés sur des supports matériels ; architecture et organisation de l’espace urbain et rural ; productions artistiques dans l’espace public, restes humains…). Leur pérennité est assurée par la qualité des matériaux mis en œuvre, tout particulièrement leur résistance aux outrages du temps : résistance des matériaux de construction aux intempéries et usage des locaux pour les traces architecturales, résistance des matériaux de fabrication pour les traces des activités économiques productives, résistance des supports de l’écriture (pierre, papyrus, bois, argile, vélin, papier…) et des encres et pigments employés pour les traces des activités intellectuelles ou symboliques, résistance des divers constituants du corps et de l’ADN pour les traces de la présence de l’homme…

Publication : 03 avril 2020
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Les enjeux et les défis de la fonction d’évaluation en sciences de l’information et de la communication

Numéro coordonné par Natasha Zwarich, Dominique Maurel et Lise Verlaet

Problématique

Les organisations sont actuellement confrontées à de nombreux enjeux informationnels et communicationnels qui ont des incidences importantes sur leurs capacités à documenter leurs processus d’affaires et leurs prises de décisions (Smallwood, 2014), à manager le personnel et conduire le changement (Benoit et al., 2019), à communiquer avec les différentes parties prenantes. De plus, les organisations font face à des exigences normatives toujours plus nombreuses et de plus en plus strictes, qu’il s’agisse de conformité et de reddition de compte, de responsabilité sociale ou environnementale, du RGPD[1], etc. Pour répondre à ces préoccupations, la mise sur pied de processus d’évaluation est souvent requise pour s’assurer de l’atteinte d’objectifs organisationnels (Moran et al., 2013, p. 414) et de la mise en place de pratiques durables répondant aux besoins évolutifs des organisations, de leurs personnels, de leurs fournisseurs et prestataires, ainsi que de leurs clientèles. 

Comme le soulignent Le Moënne et Parrini-Alemanno (2010, p. 7), la question de l’évaluation remonte à la fin du XIXe siècle corrélativement au contexte scientiste et à la « "raison statistique" [qui] s’efforce[nt] de classer et de contrôler les populations dont les mouvements de masse effraient. Elle prendra une dimension clairement gestionnaire à mesure du développement des logiques d’évaluation de la performance financière et capitalistique des firmes, […] s’étendra à l’évaluation pédagogique avec le temps de la scolarisation de masse et l’invention des tests d’intelligence et de performance individuelle. L’évaluation […] prétend produire des méthodes d’analyse et des jugements à prétention scientifique concernant des processus et des pratiques sociales, dont la caractéristique est qu’ils sont, par leur complexité, pour l’essentiel irréductibles à des modalités simples de description ou de mesure. »

Publication : 08 janvier 2020
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